Infertilité du couple

Parler avec un psychologue/ psychanalyste

matenité, avoir un enfant

EXTRAITS D’UN CAS CLINIQUE, Procreation medicalement assistee

La clinique psychanalytique avec les femmes montre qu’un désir de maternité inscrit dans de prétendues lois d’harmonie naturelle, préexistant à la relation mère-enfant, soit un désir qui ne serait pas pris dans l’Autre de la parole, n’existe pas. Extrait d’un cas clinique.

Le désir ne peut naître que lorsqu’il est pris dans l’énonciation, dans les paroles de la mère. L’enfant, dès sa naissance, s’oriente à partir du désir de sa mère, déjà constitué comme Autre. Il faut donc que le désir de la mère ait été constitué, de telle sorte que son désir puisse être désiré par un autre désir, en l’occurrence celui de l’enfant.

Cet Autre qu’est la mère peut néanmoins s’avérer absente de la parole, pourrait-on dire.

C’est le cas de la mère de Mme S. : le désir maternel n’avait pas été opérant dans la relation. La mort de cette mère, des suites d’un cancer, lorsque la fille avait 16 ans, n’avait fait qu’accroître, chez cette dernière, le sentiment de manque lié à l’absence d’une parole structurante et vivifiante. D’un point de vue inconscient, la fille continuait à attendre une réponse de sa mère, encore prise qu’elle était dans cette demande adressée à l’Autre.

Durant son travail de psychanalyse, la patiente exprimera le sentiment d’avoir eu un rendez-vous manqué avec sa mère et identifiera dans la nécessité d’avoir recours à un Autre –  le psychanalyste –  ce qui l’avait poussée à s’adresser à moi.
Le mode de fonctionnement psychique de cette femme était foncièrement caractérisé par une difficulté à être vivante, à demander. Dans ces conditions, un désir d’enfant n’avait jamais pu se manifester.

Mais la rencontre avec un réel qui la touchera au plus profond de son être changera la donne pour cette femme.

Elle apprend, à l’âge de trente-cinq ans, qu’elle souffre d’une insuffisance ovarienne – un vieillissement précoce de ses ovocytes, ayant vraisemblablement commencé quelques années auparavant déjà, mais qui lui était resté inconnu jusque là – la condamnant à ne plus pouvoir avoir d’enfants. La nouvelle inattendue de cette infertilité inexpliquée engendre chez elle – en couple depuis quatre ans – une très grande souffrance, le diagnostic étant très lourd à supporter.

Mais la rencontre avec ce réel de l’infertilité dans son corps réveille la patiente : un an plus tard, elle rompt avec son concubin, un homme qui – comme c’était le cas pour sa mère – était, en quelque sorte, absent de la parole.

Cet aspect de la relation permettait cependant à cette femme de garder une distance d’avec le partenaire et d’éviter ainsi la rencontre amoureuse. Nous avons là un aspect du symptôme dont elle était prisonnière et les interprétations de l’analyste, visant à lui faire entendre les aspects symptomatiques quant au choix du partenaire amoureux, vont permettre qu’elle se décale de ce choix d’objet.
Une séparation finit ainsi par se produire d’avec la jouissance mortifère, impliquée dans la demande restée en suspens, adressée à sa mère. La mort biologique – ce sont les mots que la patiente emploie, en parlant de ses ovocytes – résonne dans les mots, les signifiants et provoque un déplacement qui lui permet de perdre quelque chose de cette modalité de jouissance, en élevant ainsi cette « mort biologique » au rang de perte symbolique : ce sujet féminin, divisé et manquant, va enfin se mettre à désirer.
On retiendra alors cette phrase, formule sur laquelle prend appui son désir:
Affirmer la vie, contrer la mort. C’est ainsi, qu’après avoir rencontré un deuxième réel – celui de la mort de son père – elle entreprend des démarches concrètes pour réaliser son désir d’enfant et connaître l’expérience de la maternité.
La PMA – Procréation médicalement assistée – est la réponse tout à fait naturelle – au sens où le propre de la nature humaine c’est le signifiant – que cette femme va trouver pour contrer la mort et l’absence de désir rencontrées dans le déterminisme des signifiants familiaux.

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La mise en fonction de la figure de l’analyste dans le transfert constituera un appui indispensable pour faire advenir le désir d’un enfant et traiter l’angoisse qui pouvait accompagner son surgissement. C’est ainsi que la patiente rêve de son analyste enceinte et, dans un autre rêve, son enfant – comme s’il était déjà là – l’accompagne et attend avec elle dans la salle d’attente de l’analyste.

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Grâce à l’articulation signifiante que le discours analytique rend possible, cette femme aura pu consentir à son désir et elle tombera enceinte, portera l’enfant dans son ventre et le mettra au monde. L’origine de la vie reste mystérieuse, énigmatique : il reste toujours un irréductible. Mais la psychanalyse permet de tenter de penser l’énigme du vivant et que ça prenne sens, d’une façon singulière et propre à chaque sujet.